Et si je n’étais pas vraiment une personne ? Et si je n’étais qu’une illusion, le souci d’une ombre de plaire aux autres sans avoir cherché d’abord à se plaire à soi-même ?
Mon jugement était toujours erroné. Il fallait en référer aux autres. Imaginer quel serait leur avis ; se bâtir en fonction.
Où est-elle, ma personnalité ? A-t-elle jamais existé ? Est-il quelque part, mon « je » ? Vaut-il que je le cherche ou dois-je m’en construire un véritable sans attendre ?
Il est là, mon vide, il est là, le fondement de ma terreur. Dîtes-moi qu’il n’y a pas qu’un miroir soucieux de renvoyer aux autres une image flatteuse d’eux-mêmes pour qu’ils ne lui nient pas son droit d'exister. Je suis là ? Je ne me sens pas. Dans quels actes est-ce que j’existe ?
C'est possible, d'avoir vingt-et-un ans et d'être, dans l'absolu, complètement vide, ou rien qu'un résidu?
Et si j’avais menti depuis des années, depuis si longtemps que plus personne ne se posait la question ? Et si je ne percevais de moi que l’image supposée qu’ en ont les autres? Un jeu de miroir dont le reflet originel est une légende, un mythe….
Où est-ce que je suis… ? Qu’est-ce qui est à moi, qu’est-ce qui est aux autres ?
- Je suis souvent en colère (j’ai l’impression d’être agressée, attaquée, ou qu’on me témoigne de l’indifférence et ça me rend folle) … Je suis émue par des choses, des musiques (la vision de la misère, les Canons de Pachelbel)… Certaines choses me paraissent agréables (des phrases bien couplées, des avis bien démontrés, des audacieux….) J’ai comme des passions (les pédés amoureux)… Une vision de la beauté (les traits fins, l’androgynie…) Une idée à moi de la classe (Skins, miyavi….), une vision du monde (mon avis sur la mort, sur l’existence du Bien et du Mal, la possibilité d’une incroyable richesse)…
C’est pour ça que je me déteste quand je me vante d’aimer une chose à de trop nombreuses reprises. J’ai le sentiment que ma seule volonté c’est d’impressionner et que je n’ai pas de goûts, pas d’avis, ils n’existent plus.
Soit j’ai honte de mes goûts et opinions, soit je les trouve dignes de la plus grande admiration. Dans un cas comme dans l’autre, je finis par ne plus me les attribuer. Etre vide à nouveau. Mais ils existent ! Mais oui, ils existent ! Combien de fois je me suis efforcée d’aller les dégôter dans le marasme qui me compose, mes aspirations vraies, mes envies, mes idées, mes goûts !
Peur : que la vérité soit que je cherche matière à aimer dans ce qui est reconnu socialement comme admirable. (Soit que cela soit admirable en soi, soit que cela soit admirable d’apprécier en dépit de)
Que répondre à ça ?
Toujours besoin de me justifier vis-à-vis des autres… Tellement heureuse quand je trouve des choses qui me plaisent que je le clame à tort et à travers…. Mais est-ce que ce qui me plaît, ce n’est pas le sentiment d’avoir trouvé de quoi éblouir les autres ?
Est-ce qu’une fille qui perd sa personnalité la plupart du temps est une fille qui vaut le coup d’être considérée, une fille que l’on peut quand même respecter ? Est-ce qu’une fille qui se sent aussi vide et infondée que moi parfois peut n’être pas complètement méprisable et inférieure aux autres ?
- Je n’y crois pas à ta personnalité. Je ne crois pas à tes traits de caractère. Tu te fais trop mousser pour être honnête. Prouve-toi !
- D’accord, mais que dois-je faire ? Je ne sais pas trop, là…
- Ahah ! Je le savais ! Il n’y avait rien, dans cette coquille, que du vent !
Elle a raison. Je perds ma personnalité. Tout recommence. Il doit bien y avoir un remède à cela, c’est stupide ! C’est la première fois que j’énonce aussi clairement ce problème.
Lorsque je passe plus de temps à être "elle" que moi-même.
Et si j’avais passé trop de temps en dehors de moi, à peindre mon enveloppe pour qu’elle attire l’œil des autres ? Et si j’étais définitivement perdue ?
Elle est où, Lauréline ? Elle est où ? Si vous l'avez vue, dîtes-moi où elle est….
Peut-être qu'elle est là-bas, au bord de la rivière. Sa coquille semble s'observer dans l'eau - mais la vérité c'est que c'est elle, devenue reflet, prisonnière des eaux, qui observe sa coquille...
23 oct. 2009
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1 commentaires:
(Le problème lorsque je m’interroge, c’est que je finis par me prendre au jeu et glisser dans la contemplation de moi-même, pour me dire : vous voyez, elle existe Lauréline, et elle est cool, elle a sa propre personnalité et des choses à dire. Elle est là et vous pouvez pensez qu’elle est particulière ! Et les questions reprennent, et les accusations fusent de plus belle… Ouroboros, ça sert à rien, circonvolutions, spirales insensées, qui me tournent dans la tête et me cassent les couilles et me gâchent la vie depuis des années ; je vous HAIS – et je me hais d’être si stupide et si faible. Mépris. Ah ! Je désire autant des réponses que j’ai envie que l’on trouve ce que j’ai fait intéressant – même si je sais qu’en me complaisant dans cela je me sacrifie, moi, mon fond, au perfectionnement de mon apparence. Un masque, un emballage à embellir autant que possible afin qu’il donne l’idée qu’il dissimule une belle âme, au lieu d’un horrible carton vide, un cercueil dont le cadavre se serait fait la malle depuis longtemps)
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