Elle est toujours en train de me regarder, en critique absolue, malveillante, parce que l’absolu est antipathique.
Perchée sur la pointe des pieds, à quelques dizaines de centimètres de moi, elle m’observe, me scrute et me dit de quoi j’ai l’air, m’informe sur ce que les autres pensent probablement de moi. Et moi, je la crois, elle est mon pilier, mon tuteur mal vieilli – elle n’a pas perdu en solidité mais elle a noirci et est mangée par la mousse, les racines qui la rongent s’implantent en moi en continu, depuis des années, et je ne peux m’en défaire.
Elle me regarde, et me dit : « Tu essayes d’avoir l’air poétique. Ne fais pas de poésie, copieuse. Tu sais que c’est un mensonge. Ce n’est pas toi. Tu es beaucoup plus basique que cela. »
« Tu essayes d’avoir l’air attendrissante, tu veux que l’on te plaigne. Cesse cela. Ca n’est pas toi. Tu es bien trop basique pour être malheureuse. Marionnette, singeuse d’humanité ! »
« Egocentrique. Quand je te regarde, tu te regardes toi-même. Tu ne sais donc pas penser à autre chose ? »
« Cette personne se rend bien compte que tu es inintéressante. »
« N’essaye pas de leurrer cette personne. Comme toutes les autres, elle est trop bien pour toi. »
« Tu mérites leur mépris, chasse ces lambeaux d’espoir qu’ils t’apprécient un peu et résigne-toi, voilà ta seule dignité possible. »
« Reste seule et excuse-toi d’être encore là. »
Petit rien, petit reste flétri, je l’avais bien flairée, ton inanité ! Je l’ai mise à nu, non pas pour te faire souffrir, mais par souci de droiture, de justice vis-à-vis du monde des Vrais.
Excuse-toi !
Et la culpabilité permanente me broie de l’intérieur, qu’est-ce que j’ai fait de mal, j’ai forcément fait quelque chose de mal… Je fais toujours quelque chose de mal.
Rien de grave. Seulement de petits torts mesquins.
J’attends que l’on me demande comment je vais. On ne me demande jamais comment je vais. Si je me mets à parler de ces moisissures qui me pourrissent la tête, quelque part en public, j’éprouve un sentiment comparable à si je me trouvais en pleine foule, nue, cuisses grand ouvertes, complaisante et effroyablement laide.
Il ne faut pas parler de ces choses-là en public.
Mais il me faut une purge. Vider le pus. Arracher les chairs gangrénés avec force et rage, quitte à emporter quelques morceaux sains avec elles.
Gâchis de vie, de matière, d’air, de temps… (Refrain)
22 oct. 2009
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